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Belgium finally wins the Coupe
Not only superstitious people looked forward to the race with the number 13
with sorrows. After the incidents the year before everybody hoped for better
conditions, but some more wind could have been sent by the weather god.
Launch had been brought forward to June, obviously not to share the public
interest with the VIII. Olympic Games, opened 20 days later in Paris an
lasting until July 27th. (It became the games of Paavo Nurmi, winning five
gold-medals and of Johnny Weissmüller, being successful twice in swimming.)
Of both events German and Austrian competitors were still excluded, but at
the 24 hours car racing of Monza one day before the launch of the Gordon
Bennett Race, the only German participant, Hans Berthold won in a NAG racing-
car with a new record distance of 2583 km.
The banning because of the incidents in the war 1914 to 1918 started to
break up. One contribution to this may have been the close completion and
afterwards the flight of LZ 126. With this Zeppelin Hugo Eckener started on
October 12th 1924 for an Atlantic crossing to America. At the arrival at
Lakehurst on October 15th the New Yorkers come in crowds to cheer this
technical achievement. The newspapers in Berlin even told, that this
transfer flight of the Zeppelin had helped Germany more that ten ambassadors.
President of the USA, Coolidge writes in a message: "For me and the American
people it is a great satisfaction, that peaceful relationships between
Germany and America are fully restored and that this big airship has
successfully completed the first direct flight between Germany and America."
LZ 126 got the American registration ZRIII and later the name LOS ANGELES.
In the Gordon Bennett Race it would take another three years until German
balloons were allowed to participate again. Among the 17 teams that had come
to Bruxelles, Ernest Demuyter was considered to be the outstanding favourite,
especially, because his sponsor, the newspaper ETOILE BELGE, or better its
readers, had organised a brand new balloon for him by a fund raising. The
envelope made from silk weighed 215 kg, the basket only 30 kg, that meant
about 100 kg more ballast than the other competitors and therefore a much
longer flight duration. Who would be able to keep up with this? Belgium was
at the doorstep to the third victory in a series and finally winning the
silver table top of James Gordon Bennett from the year 1906.
All of Bruxelles cheered its hero. 200.000 spectators had come to the launch
field. They crossed fingers for Demuyter, and if he would not win (because a
soldier again would not release the handling rope), there was still Veenstra/Quersin,
who came second the year before. Labrousse/Dewandre were more outsiders, as
pilot in command Labrousse had not reached more than the fourth rank till
then.
Demuyter had chosen again his co-pilot from the year before, L. Coeckelbergh.
This was a perfect crew, they flew together in a total of six races, and
Coeckelbergh always kept in the second row.
The race turned out to be a slow motion flight. Not much could happen at
this wind speed. One only had to choose the right direction, but the
selection was wide. The Americans Peek/Gray tried it to the east, the
Englishmen Baldwin/Grosvenor preferred south-south-east, four (Cormier,
Labrousse, Grassi and Casas) flew to the south, and a van Orman tried to win
distance to the north. Except Demuyter and the French Laporte all the others
flew to southwest or west, where they gave up at the coast of the Channel
after 21 to 35 hours. Veenstra/Quersin flew for more than 33 hours and
covered 112 km, an average speed of 3,36 km/h! They landed at Oostende,
which they could have reached by walking in the same time.
Gordon Bennett had fixed in his rules from 1905, that the directors of the
race may order a duration flight instead of a distance flight before launch
due to the weather situation. In 1924 this situation could have been given.
But no Gordon Bennett Race had been flown according to this possible
arrangement, always the distance flight was kept. It would not have changed
anything for the Demuyters victory, only Veenstra could have reached 4th
place.
French Laporte and Demuyter risked the jump across the Channel. Laporte
landed after 33 hours and 18 minutes in the English bath Brighton, Demuyter
flew for 10 hours longer. Now the lighter balloon allowing 100 kilograms
more of ballast paid off. Demuyter tells about the flight in his book "Randonnées
Victorieuses du Belgica".
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Victoire définitive dans la Coupe Gordon-Bennett 14 juin 1924. Me
voilà à veille du départ de la grande Coupe Gordon-Bennett. Celle qui peut
me valoir l’attribution définitive de la Coupe.
Souhaits et vœux, missive et télégrammes se succèdent à un rythme fou. Je
suis véritablement inondé de sympathies.
Le jour fameux arrive. Nous sommes sur le terrain. Mon compagnon est, cette
fois encore, Coeckelbergh. Nous sommes assaillis, pendant l’installation,
par des vagues de questions et de pronostics. On nous demande nos prévisions,
nos impressions, nos espoirs. A vrai dire, nous jouons ici un rôle de
vedettes qui m’impressionne assez. Cet enthousiasme ne se retournera-t-il
pas contre nous dans deux ou trois jours ? J’ai reçu des masses de lettres,
toutes plus chaleureuses les unes que les autres. Le jour du départ, notre
nacelle est remplie de fleurs. Je reçois la visite de M. de Gerlache. J’ai à
peine le temps de le remercier de sa présence que sonne l’heure du départ.
J’ai tiré le numéro UN... Est-ce un heureux présage ?
Les préparatifs n’ont pas été exécutés à ma plus grande satisfaction. Il
s’est fait un pli à la partie supérieure du ballon. J’espère que mes
manœuvre n’en seront pas gênées.
16 h 47. Le départ. L’envol. Notre nacelle s’élève, remplie de fleurs. Nous
emportons 740 kg de lest, quatre bonbonnes d’oxygène et une bonbonne
d’hydrogène pour gonfler nos ballons-sondes. Les instruments tout neufs
brillent au soleil. Les cartes immaculées, la nacelle tout claire et jusqu’à
l’ancre et au guide-rope, tout sort fraîchement du magasin. Il y a de
l’électricité dans l’air. Non pas en altitude et faisant craindre un orage,
mais au ras du sol : c’est la foule qui participe tout entière et transforme
ses espoirs en chaleureuses acclamations.
Mon itinéraire ? Je manœuvre avec un anticyclone et une dépression qui est
déjà assez loin dans le nord-est, pour pouvoir en tirer quelque chose.
Nous partons dans l’après-midi ensoleillée de ce beau dimanche, entourés de
l’espoir d’une foule accourue de toutes les provinces de notre pays.
Je devais savoir plus tard, par les services de la Police, que jamais
Bruxelles n’avait assisté à un tel déplacement de foule pour une
manifestation sportive. Les tickets d’entrée, prévus cependant en grand
nombre par l’Aéro-Club de Belgique, furent vite épuisés. Aussi, dut-on
recourir à un procédé rarement employé : faire payer un écot par les
spectateurs désireux de pénétrer dans l’enceinte, en échange de quoi on leur
accordait le droit « moral » de passer le tourniquet. On évalue le nombre
impressionnant de spectateurs à 200000.
Dès le départ, j’établis une surveillance des autres concurrents. Ils sont
six dont je peux suivre utilement la marche.
Enfin, à 1200 mètres, je découvre un vent du nord nous poussant à 23 km/h
vers Charleroi et Chimay, par une douce température de 18 degrés. A 20 h 30,
au-dessus de Chimay, nous lâchons un pigeon portant un message de
renseignement. Il n’y a plus que 11 degrés. Je constate que les vents au sol
ont une direction absolument opposée à la nôtre.
A 21 heures, nous avons perdu de vue tous les concurrents. Il se lève un
beau clair de lune, nous entrons en France, tandis que le thermomètre marque
7 degrés centigrades. Nous devons rester à basse altitude pour garder notre
bonne direction. Nous survolons Reims et redressons vers le sud-ouest,
direction qui confirme mes prévisions du mouvement météorologique qui
consistera, avec la situation instable dont nous disposons, à essayer de
faire une belle manœuvre vers et sur les îles britannique. C’est le nuit.
Elle est courte en cette période de l’année. L’aurore se lève bientôt. Il
est 3 h 20 et nous nous trouvons survolant la région est de Paris à 620
mètres et toujours avec 7 degrés de température. Je sonde les couches
inférieures. Nous avons intérêt à garder la même route.
5 h 30, le soleil se lève. Par le réchauffement de la température et la
dilatation du gaz dans notre ballon, nous remontons à 1250 mètres.
Température : 11 degrés. Nous passons au sud de Pontoise et apercevons Paris
au sud, dans la brume.
A 6 h 30, nous lâchons un second pigeon ; il portera à Bruxelles le bulletin
de notre bonne marche. La température monte toujours : 25 degrés. Notre
sphérique a atteint 2500 mètres, mais nous n’avançons plus qu’à 5 km/h.
Nouveaux sondages. En haute altitude les vents sont nuls. A 7 ou 8000 mètres
il y a bien un courant sud-ouest circulant à 30 ou 40 km/h, mais le
rejoindre nous demanderait de trop gros sacrifices de lest. D’autre part, ce
vent nous ramènerait vers Bruxelles. Les risques sont trop grands à tous
points de vue.
Nous apercevons un concurrent en dessous de nous. Nous relevons son
mouvement. Il se déplace à quelque 20 km/h vers le nord-ouest. Il nous faut
remonter vers le nord. Nous emprunterons cette même route. Avant cela, il
faut descendre.
Or, à 6 h 30, nous nous trouvons encore à 2600 mètres. Nous devons prendre à
présent une décision dont dépendra la réussite de la course : trouver des
vents qui nous fassent traverser la Manche, toucher l’Angleterre et
poursuivre, soit vers le nord-ouest : l’Irlande, soit vers le nord :
l’Ecosse.
Je suis obligé de soupaper. Je revois le pli de l’enveloppe. En tirant sur
le câble, le clapet de soupape ne va-t-il pas rester bloqué ? Notre ballon
ne va-t-il pas laisser échapper la plus grande partie de son gaz ?
N’allons-nous pas être obligés d’atterrir plus tôt que nous le désirons ?
J’hésite longuement. Enfin, je risque une légère traction sur le câble. Il
répond normalement. Il n’y a rien d’insolite, allons-y...
Au reste, cette manœuvre est notre unique ressource pour nous déloger de
cette zone morte.
9 h 30. Je donne des coups de soupape depuis plus de trente minutes, mais
leur effet est insensible. Quinze coups de soupape et nous sommes encore à
2410 mètres. Nous n’avons perdu que 200 mètres.
Le moment est délicat. Le gaz échappé ne se retrouvera plus. Et cependant,
il faut encore descendre...
A 9 h 45 nous avons pu redescendre enfin à 1490 mètres. Notre mouvement est
stoppé. Nous nous y équilibrons pendant quelques moments.
9 h 50, nous sommes au-dessus des Andelys à 1160 mètres et nous avançons à
une vitesse variant de 8 à 18 km/h. Température 23 degrés.
Je dois maintenir le ballon au-dessous de 2000 mètres.
Nous avons sacrifié une assez appréciable quantité de lest depuis le départ.
A 10 heures cette dépense s’élève à 260 kg.
A ma satisfaction, j’ai la nette impression d’avoir accompli la manœuvre
qu’exigeait la situation météorologique. Le temps est splendide ; on ne
pourrait souhaiter mieux pour une randonnée en ballon, en dehors des dangers
d’immobilisation par des vents quasiment nuls à certaines altitudes. Enfin,
à 11 heures du matin, nous sommes à 1340 mètres d’altitude et nous passons
au-dessus de Rouen, à 27 km/h. Vitesse convenable, sans être exceptionnelle,
mais nous sentons nettement que nous sommes dans la zone géographique où
nous commençons à subir les influences d’une dépression à l’ouest-nord-ouest
des îles britanniques.
11 h 30. Le ballon remonte. Nouvelles manœuvre de la soupape. Je renverse
ici les « Principes des concours de distance pour Aérostats » en ouvrant à
cet instant ma soupape, comme s’il s’agissait d’un concours d’atterrissage,
je le sais. Ceci prouve que les vieilles doctrines sont parfois bonnes à
conserver mais que d’autres doivent être franchement écartées.
Et, pourquoi soupaper ? Pourquoi vouloir à tout prix garder cette altitude
et cette direction ? Nous désirons atteindre l’Angleterre, mais sans trouver
immédiatement la mer du Nord en face de nous. Voilà pourquoi nous attachons
une telle importante à notre direction, qui dépend de notre altitude.
Nous sommes au-dessus d’Yvetot. Un petit incident chagrine fort mon second :
son beau veston tout neuf passe par-dessus bord ; il tombe des 1800 mètres
où nous naviguons, tel un pantin désarticulé. Je devais apprendre par la
suite que les habitants crurent que nous perdions un passager, ce qui
provoqua un grand émoi parmi eux. Enfin, un peu avant midi, nous abordons la
traversée de la Manche. Quelle différence avec celle que j’ai entreprise
quatre semaines plus tôt !
D’abord, le volume du ballon ; aucune menace de pluie compliquant les
manœuvres de traversée maritime ; au lieu d’une quantité minime de lest, je
dispose de plusieurs centaines de kilos ; la traversée se fait de jour,
alors qu’au cours de mon voyage seul à bord, je l’ai entreprise de nuit, et
j’ai à mes côtés un compagnon original et jovial, alors que j’étais seul la
dernière fois.
C’est ma cinquième traversée. Nous quittons la côte française au-dessus de
Malleville et remontons une fois de plus à 2500 mètres. Peu de navires sur
la mer. De ballons, point depuis les environs de Paris le matin. Où sont-ils
? Quelle route ont-ils suivre ? Ils doivent tous éprouver la même volonté de
vaincre ! Ils doivent s’acharner plus que les autres fois pour que nous ne
remportions pas cette Coupe définitivement ! Pour ma part, je suis bien
décidé, et mon ami Coeckelbergh aussi ; nous tenterons l’impossible ; nous
irons au plus loin.
Pour l’instant, le soleil se joue dans le vaste miroir de la mer. Nous avons
pris le cap nord, 30 degrés ouest. Les terres françaises disparaissent, et
nous nous attendons à apercevoir les falaises anglaises. Nouveaux coups de
soupape pour redescendre à 1700 mètres où notre ballon se stabilise.
Il est 15 heures. Nous apercevons les premières chaloupes poussées par une
brise d’est. Elles nous serviront de point de repère. A 16 h 25, nous sommes
à 2120 mètres, nous distinguons le cap de Beachy Head. Quelques bateaux à
vapeur nous renseignent sur la direction des vents au ras de la mer. 17
heures. Notre ballon remonte à 2300 mètres. Il nous fait manœuvre pour ne
pas sauter l’Angleterre trop rapidement et aller retrouver la mer du Nord.
Nous devons emprunter une route qui nous mène par l’intérieur du territoire,
notre but final souhaité étant l’Ecosse.
Deux coups de soupape pour réduire notre altitude, et nous avons Brighton à
1340 mètres en dessous de nous.
Je lance un télégramme au-dessus de la ville. Malheureux petit papier qui
plongera mes amis et les miens dans les plus folles incertitudes. En effet,
ce télégramme va provoquer la confusion et faire croire que j’ai atterri
dans cette contrée, alors que je vais seulement commencer à bénéficier de la
tactique que j’ai adoptée depuis le départ.
Un autre bruit plus alarmant va se répandre : « Nous aurions été refoulés
au-dessus de la Manche et de l’Atlantique... ». Ce bruit trouve son
fondement dans le fait que, voguant vers le nord-ouest, vers 1500 mètres, la
réduction de notre altitude faisait que notre direction s’infléchissait vers
l’ouest, et finissait même par nous mener vers le sud-ouest lorsque notre
altitude était inférieure à 600 mètres.
19 heures. Je sors le dernier pigeon de sa cage. J’avoue que ce n’est pas
une heure pour donner la liberté à cher volatile, mais je désire, avant
d’entamer la seconde nuit, au-dessus des îles britanniques, faire savoir où
nous en sommes après trente heures de voyage.
Il aurait dû apporter à mes compatriotes de bonnes nouvelles libellées en
ces termes : « Belgica – 7 heures du soir – 16 juin 1924 – Avons abordé la
côte anglaise à 6 h 30 du soir – au-dessus de Brighton à l’altitude de 1340
mètres – Temps merveilleux – Température 21° – Vais essayer de manœuvrer
vers l’Angleterre centrale et peut-être au-delà – Nous n’avons vu aucun
concurrent – (vingt-cinq heures de voyage déjà) – Temps actuellement couvert
– Avons contourné anticyclone passant Charleroi – Reims, Paris, Rouen, côte
française – Manche – côte anglaise – Brighton – Vive Belgica – Espoir –
Volonté – Confiance.
« Signé : Demuyter, pilote – Coeckelbergh, aide ».
Après avoir tournoyé autour de notre nacelle, notre pigeon s’égarera
malheureusement pendant un certain temps dans un colombier qui ne sera pas
le sien, au sud de Bruxelles. Il faut reconnaître qu’il avait subi quelque
épreuves !
Le soleil se couche lentement, rougeoyant à l’ouest, nous amenant en forte
perte d’altitude. Aussi, nous nous délestons de notre petite bonbonne
d’hydrogène. Nous n’aurons plus besoin de nos ballons-sondes.
Notre manœuvre, la voici en résumé : user de courants sud-est qui doivent
nous conduire vers le nord-ouest, en dessous de 2200 mètres, et corriger
notre direction vers l’intérieur par les courants de sud vers le nord, entre
2000 et 3000 mètres.
Vingt heures. Nous passons au-dessus de Bentley. De 1100 mètres, nous allons
remonter au-delà de 2000 mètres.
Trois cent kilo de lest nous restent sur les sept cent quarante emportés.
Au clair de lune, nous prenons un repas léger fait de bananes et de cuisses
de poulet, tout en avançant à une bonne moyenne horaire de 45 km/h. Nous
arrosons sobrement notre repas d’eau minérale.
Il est 23 heures. Nous approchons de Birmingham. Nous naviguons à 2700
mètres où la température s’est considérablement rafraîchie : il y a encore 2
degrés. A minuit, nous nous retrouvons vers 1500 mètres pour dévier plus au
nord-ouest. Nous commençons à éprouver quelque fatigue. Nous avons voyagé
pendant trente et une heures. Et, si mon compagnon a pu prendre du repos,
pour ma part je ne lui ai cédé la barre que trente-cinq minutes, et sans
oser dormir. Non que je manque de confiance en mon ami, mais une tactique,
pour être valable, doit rester personnelle. J’ajouterai également que, vu
l’importance de cette course, je ne me sens guère le goût de dormir, malgré
la fatigue.
A une heure du matin, nous sommes équilibrés à 3000 mètres ; je vérifie
notre direction : nous nous dirigeons vers le nord-nord-est et marchons à
bonne vitesse. Si je ne veux pas être obligé d’atterrir avant d’aborder la
mer du Nord, je dois obliquer vers le nord-ouest. Vingt minutes plus tard,
je soupape. Dix coups sont donnés et nous restons toujours au-dessus de 3000
mètres. Notre situation se complique par l’arrivée de nuages dont nous
sommes bientôt enveloppés. Le brouillard dissimule le sol. Il nous est
désormais impossible de nous repérer. Nous voyageons donc à l’estime, nous
servant alternativement des différentes directions correspondant aux
différentes altitude en fonction de la situation météorologique :
anticyclone à notre est et dépression à notre ouest.
Vers 3 heures du matin, l’aube se lève en même temps que des bruits montent
vers nous. Nouvelles manœuvres de la soupape.
3 h 45, nous sommes à 1500 mètres, il y a 4°, je continue à descendre. Je
sais où trouver le « coup de barre » selon l’expression des marins, qui nous
tirera vers l’ouest.
4 heures... A 550 mètres du sol, nous n’apercevons toujours que le
brouillard. J’estime être aux environs de Halifax.
4 h 50, je laisse dérouler le guide-rope et à 380 mètres il prend, enfin,
contact avec le sol. Nous n’apercevons toujours rien.
5 h 15, nous devons être à 50 mètres du sol, et je distingue brusquement une
usine à gaz. Elle a un aspect fantomatique, vue ainsi au travers de la brume,
et si nous ne connaissions pas notre altitude nous la prendrions pour une
usine flottante tant elle paraît irréelle et peu terrestre. Notre guide-rope
doit courir le long des gazomètres, je souhaite qu’il ne s’accroche pas et
n’assomme personne sur son passage. Je note la direction des vents au sol :
courants d’est vers l’ouest. Il y a donc cent degrés d’écart avec les vents
à 3000 mètres... Cette promenade presque au ras du sol ne peut durer plus
longtemps.
Cependant, avant de m’élever, je désire obtenir la confirmation absolue de
l’endroit où je me trouve. J’estime être près de Halifax et le dis à mon
compagnon. J’empoigne le porte-voix et je crie :
-Which is the name of the next big town ?
Et l’on me répond:
-It’s Halifax...
Sincèrement, j’éprouve une joie que je ne parviens pas à dissimuler. Ainsi,
malgré le brouillard, nous avons suivi exactement notre programme depuis que
nous avons abordé les Iles Britannique dans de si délicates manœuvre avec la
mer du Nord à l’est, la mer d’Irlande et l’Atlantique à l’ouest. Voilà une
exactitude bien réconfortante !
La météorologie existe, sa précision est réelle, on peut se fier à ces
courants qui poursuivent une route régulière. Il n’y a pas de hasard. Il y a
une carte météorologique où l’on peut puiser, et que l’on doit savoir
interpréter. Tout est là.
Voilà les termes avec lesquels je tente de convaincre mon ami... qui n’a pas
besoin de l’être. N’est-il pas, au contraire, à l’occasion, mon défenseur ?
Sa présence n’est-elle pas une preuve de sa confiance ? Enfin, je suis
heureux ! Que l’on me la pardonne...
Il me faut à présent remonter pour rejoindre les courants conduisant vers le
nord et le nord-nord-est, laisser la mer d’Irlande à notre ouest, car nous
en sommes très proches.
Le soleil monte à l’horizon. Ses rayons ne vont pas trader à dissiper le
reste de brouillard ; nous remontons et apercevons les premiers sommets des
monts d’Ecosse.
Il est 6 h 45, nous sommes remontés à 1000 mètres, par une bonne température
de 14 degrés ; notre route à cette altitude nous pousse vers le
nord-nord-ouest, et nous apercevons une petit ville, qui doit être Hawes.
A partir de cet instant, la manœuvre sera plus compliquée. Avec le lever du
soleil, nous allons gagner trop d’altitude. La journée promet d’être chaude.
Les nuages s’éloignent ou se dissipent dans les premiers rayons du soleil.
Or, à l’altitude supérieure à 3000 mètres, quelle direction prenons-nous ?
Celle de la mer du Nord. Or, je veux poursuivre mon chemin vers et dans
l’Ecosse où la surface de la terre se rétrécit de plus à mesure que l’on se
dirige vers le nord. Les dangers d’être déportés vont être de plus en plus
grands.
A 7 h 30, nous nous trouvons à 3850 mètres au-dessus de l’Ecosse, en route
vers le point final espéré de notre course : Kirkwall. Nous ne pouvons
rester à cette altitude. A 8 heures, nous entreprenons une nouvelle manœuvre
de soupape.
A 8 h 35, nous sommes en descente, et nous avons atteint 540 mètres.
Le guide-rope court sur le sol, distant de 50 mètres de la nacelle. Nous
avançons à 50 km/h. De violents coup de rabat tentent de nous plaquer au
sol, de nous lancer contre les obstacles. J’équilibre plus ou moins par
petits coups de lest.
Notre belle randonnée va-t-elle se terminer par un atterrissage brutal ?
Allons-nous être plaqués contre ces masses rocheuses ?
Mais un autre danger se présente à nous, plus grave encore : la mer
d’Irlande, dont nous nous sommes considérablement rapprochés. Carlisle. Que
faire ? Glisser vers le nord et non plus vers le nord-ouest? Le temps se
couvre. Des nuages viennent caresser les sommets que nous frôlons. Il faut à
tout prix reprendre de l’altitude.
9 h 15, nous regagnons 1100 mètres.
9 h 30, nous avons atteint 2200 mètres, malgré les nombreux coups de soupape
donnés pour freiner notre ascension.
10 h 30. Nous sommes à... 5100 mètres, zone d’équilibre. La force de
réchauffement du soleil montant nous pousse invinciblement. L’humidité qui
s’était déposée sur notre ballon dans le courant de la nuit s’est
entièrement évaporée, ce qui allège encore notre aérostat. Pour l’instant,
nous dominons les monts Cheviot. Leurs sommets dépassent 1000 mètres.
Pour le profane qui pourrait se demander pourquoi ces variation d’équilibre,
pourquoi ne pas rester à l’altitude que l’on s’est fixée, je suis obligé de
dire qu’il est quasiment impossible de maintenir un aérostat en équilibre
stable lorsque le soleil monte à l’horizon, surtout lorsque cet aérostat a
déjà de nombreuses heures de course, et que l’enveloppe n’est pas à volume
constant.
Nous survolons un pays plus sauvage encore que ceux que nous avons observés
précédemment : les « Cheviot Mountains » formées de grandes chaînes fort
découpées.
Est-ce aussi à cause de l’altitude ? Je me sens accablé de fatigue. Mais,
après tout, voilà quarante et une heures que je suis debout et je n’ai pris
que trente-cinq minutes de repos. Sommeiller quelques instants ? J’y songe.
Oh, un court instant, mais j’y renonce bien vite, car notre situation ne me
permet pas le moindre relâchement.
Nous nous trouvons à 5100 mètres, à proximité de courants violents de
direction nord-est, c’est-à-dire vers la mer du Nord. Nous ne pouvons garder
cette altitude. Il nous faut descendre et nous équilibrer entre 1200 et 1800
mètres. Mais je ne veux pas encore une fois amorcer la descente à la soupape
car nous devrons reprendre encore de la hauteur par la suite.
Il est 11 heures. Nous sommes revenus à 4500 mètres et traversons la Tweed à
grande vitesse. Nous nous dirigeons toujours vers la mer du Nord. Les vents
nous conduisent en droite ligne vers la région est d’Edimbourg, à
l’embouchure du golfe de la Forth. J’éprouve une fatigue qui se fait de plus
en plus lourde au creux de mes épaules.
Il faut, à présent, une volonté de fer pour garder la tête froide et ne pas
se laisser gagner par le découragement. Nous n’allons tout de même pas nous
laisser entraîner au-dessus de l’eau ; nous noyer peut-être ou simplement
nous faire recueillir par une embarcation ; perdre le bénéfice de tant
d’efforts, de si belles manœuvres ! Il faut atterrir. Tomber en mer
disqualifie d’office le concurrent.
Chaque minute passée au-dessus de 2000 mètres est un degré perdu à l’est et
un pas vers l’échec.
11 h 20. Nous sommes encore à 4200 mètres.
Et ce que je prévoyais arrive : j’aperçois la mer du Nord.
Est-il encore possible d’atteindre un courant bas circulant du sud-sud-est
vers le nord-nord-ouest ? Est-il encore possible de réduire notre altitude ?
C’est une traversée maritime qui s’offre à nous, à présent : la traversée du
golfe du Firth of Forth, soit environ 100 kilomètres si nous voulons arriver
vers Aberdeen.
Je consulte Coeckelbergh. Il est d’accord pour approuver ce que je déciderai.
Il ajoute cependant :
-Dans la vie, il faut parfois savoir se limiter...
Un banc de brume venant de la mer, si nous ne le gagnons de vitesse, va nous
dissimuler l’horizon et compliquer encore davantage la manœuvre.
Et c’est la course aux nuages. Course vers la terre.
Il nous faut descendre à raison de 200 mètres à la minute. Mais, il nous
faudra stopper cette même descente à environ 1500 mètres, où je sais que je
trouverai le courant de meilleure direction. La mer est à 25 kilomètres et
nous avançons à plus de 60 km/h. Et brusquement, la mer disparaît derrière
les nuages au nord-nord-est à quelque 20 kilomètres de nous ! Le banc de
brume nous a gagnés de vitesse ! Vais-je entreprendre cette traversée
maritime à l’estime ?
11 h 50. La mer est très près de nous, à notre droite. Nous n’avons toujours
pas gagné le courant conduisant vers le nord-ouest. J’accélère encore notre
descente. Je donne de nouveaux coups de soupape. Moment palpitant. Les
sirènes des navires contournant le cap de Saint Abbs Head, avançant eux
aussi dans le brouillard, viennent compléter l’atmosphère de tension. Nous
nous trouvons à la limite du banc de brume. Le sol va disparaître à nos yeux.
Si nous restons bloqués ici, à 2000 mètres, nous allons être emportés vers
le grand large.
Il faut descendre encore. Je cherche en vain une trouée dans le brouillard
qui puisse me renseigner sur ma position, mais je ne peux plus rien
apercevoir de l’élément terrestre ou maritime. La descente se poursuit, de
plus en plus inquiétante.
Où allons-nous nous retrouver ? Au-dessus de la mer ou au-dessus du sol ? A
vrai dire, je ne puis me prononcer.
Est-ce une illusion ou une réalité ? Un bruit bizarre monte vers nous, comme
le pépiement de milliers d’oiseaux, de mouettes par exemple. Serais-je
fatigué à ce point ? Il semble que non, car mon ami perçoit les mêmes sons
que moi. Sans doute est-ce là un phénomène de répercussion.
Midi. Nous sommes à 600 mètres d’altitude ; la moitié du guide-rope
disparaît dans les nuages ; nous n’apercevons rien du sol ; nous nous
enfonçons à corps perdu dans le brouillard. La condensation accélère notre
descente, qui dépasse la vitesse de prudence. Je bascule les bonbonnes
d’oxygène par-dessus bord et garde en réserve six sacs de lest. Nous nous
trouvons à trente mètres à peine du sol et nous nous y équilibrons. A
travers la brume, j’aperçois la mer. Au ras du sol, circule un courant
nord-nord-est qui nous ramène vers l’intérieur des terres.
Humainement, nous sommes rassurés, mais du point de vue de la course, nous
perdons du terrain. Que faut-il faire ? Atterrir au plus vite !
Et, après avoir survolé à très basse altitude quelques fermes, nous allons
nous poser dans un beau terrain herbeux, tout vallonné, où paissent quatre
paisibles chevaux et où notre ballon va s’allonger, vide de son gaz, dans la
direction opposée à celle de notre trajectoire, au ras du sol ; la brise qui
y règne est une brise de mer venant du nord-nord-est et conduisant au
sud-sud-ouest.
Dégonflé, le Belgica s’étend majestueusement sur le sol, comme exposant ses
grandes lettres à l’équité des jugements futurs qui détermineront et
apprécieront ses efforts. Quant à la nacelle, si légère mais aussi si
fragile, elle se disloque un peu plus qu’elle ne l’avait fait au cours du
voyage. Nous procédons à peine au dégonflement du ballon que nous sommes
rejoints par sept ou huit personnes avec lesquelles nous nous entretenons de
la Coupe. Une heure après, le matériel est emballé et prend la route de
Reston pour être dirigé ensuite vers Edimbourg.
Je me recueille quelques instants sur les lieux de mon atterrissage.
J’accroche mon dernier bouquet de fleurs dans un buisson et nous sommes
invités à nous restaurer. Un Ecossais fort aimable a tenu à nous faire les
honneurs de sa maison.
Après le repas, je retourne sur les lieux.
Avons-nous réussi ? Nous le saurons bientôt. Je suis fort impatient de
connaître les résultats.
Un petit voyage jusqu’à Coldingam, où nous faisons viser nos passeports ; et
puis, en route vers Reston, où nous passerons la nuit.
Comme je voudrais savoir si...
Coeckelbergh et moi parlons à peine. Que pourrions-nous nous dire ? Nous
attendons. Je m’efforce de ne pas me laisser aller à croire à ma propre
victoire, afin de m’éviter tout déception. J’ai réussi correctement une
manœuvre très difficile au-dessus de la zone morte, d’abord, au-dessus de la
France. Également ; j’ai bien mené mon ballon au-dessus du sol britannique ;
mais ce que j’ai accompli, un autre, aussi capable que moi, peut l’avoir
mieux réalisé. Et s’il a atteint Kirkwall, la pointe extrême de l’Ecosse ?
Je me tranquillise à l’idée du devoir accompli et me dirige vers le bureau
de poste.
Des résultats : « Bien des concurrents sont restés bloqués dans la fameuse
zone morte et ont été contraints d’atterrir dans l’est de la France, ainsi
qu’en Hollande et en Allemagne... ».
Le lendemain : « Tous les concurrents – sauf un – ont atterri dans toutes
les directions ». Où a-t-il atterri ?
Enfin, j’apprends les résultats complets : « Ce seul concurrent a atterri en
Angleterre... ». Où ? Comment ?
Ce “seul concurrent” a atterri en un point situé à 600 kilomètre au sud de
nous. C’est le vaillant concurrent français Laporte, qui a atterri le mardi
à une heure du matin à Brighton, là où nous étions passés sept heures avant
lui, alors que nous étions partis seulement une demi-heure plus tôt que lui
de Bruxelles.
Ce brave camarade devait périr en mer deux ou trois ans plus tard, au cours
d’un voyage en hydravion entre la France et la Corse.
Ce trajet que nous avons parcouru est supérieur au sien de plus de 400
kilomètres.
Nous avons gagné la Coupe Gordon-Bennett... Nous l’avons remportée
définitivement au cours d’une randonnée de 43 heures 15 minutes. Cette Coupe
qui existe depuis 1906 et qui est passée dans tant de pays différents ! Nous
avons remporté la Coup originale ! Nous sommes les premiers à l’avoir
remportée définitivement. J’éprouve une grand fierté à songer que je suis le
seul pilote ayant accompli cet exploit. Vive Belgica !
Ces exclamation, je me contente de les penser : nous sommes en
Grande-Bretagne.
Je sors du bureau de poste, et me retrouve dans la rue. Je garde toujours
mon calme, bien que j’aie envie de sauter de joie et de courir en chantant
vers mon ami pour lui annoncer la grande nouvelle. Je suis à l’entrée de
notre hôtel, arborant toujours un flegme des plus britannique, lorsque,
soudain, je n’y tiens plus : au lieu d’entrer, je me recule, vais me poster
sur le trottoir d’en face. Nos deux chambres donnent sur la rue, à quoi bon
attendre plus longtemps ?
Les mains en porte-voix, d’une puissance de stentor :
-Coeckelbergh... Coeckelberg...
Le visage tout barbouillé de savon, il paraît à sa fenêtre.
-Nous avons gagné ! Nous avons gagné ! Vive Belgica !
Ses exclamations délirantes, jointes aux miennes tout aussi enthousiastes (vous
le croirez si vous voulez) ont fait retourner trois insulaires ! On ne
remporte pas tous les jours la Coupe Gordon-Bennett !
Quelques heures plus tard, nous quittons Reston, rejoignons Edimbourg où
nous sommes les hôtel de notre sympathique et distingué Consul avec qui nous
partageons notre grande joie. Notre Consul n’est autre que le Dr Sarolea,
titulaire de la Chaire de Français de l’Université d’Edimbourg. Il est aussi
l’éditeur des fameuses collections Nelson et l’époux de la sœur du grande
explorateur Shackleton, fort estimé du grand Roi Albert. Sa collection de
livres est unique au monde.
Lors de notre visite, il organise toutes les réceptions et rencontres que
l’on nous offre. Il organise une conférence de presse avec les journalistes
britanniques et les correspondants de tous les grands journaux du monde
entier. Il donne à notre victoire un éclat mondial.
Que de fois recommencerons-nous notre récit ! Mais quelle belle occasion de
faire une intense propagande au profit de notre pays !
Les autorités et la presse nous réservent l’accueil le plus chaleureux. Un
déjeuner est organisé par le Lord Maire d’Edimbourg. Il nous annonce le
visite prochaine de notre vaillant Bourgmestre de Bruxelles, M. Adolphe Max.
Cependant, après les honneurs et les compliments, je me retrouve seul. Que
sera l’avenir ? De quoi sera-t-il fait, maintenant que le fruit de tant
d’efforts est récolté ? Etat d’âme du vainqueur, qui regrette de n’avoir
plus ni à espérer, ni à combattre... Tant de difficultés ne s’oublient pas
si vite...
Enfin, je prends le chemin du retour. Londres, où de nouvelles réceptions
m’attendent, puis, Bruxelles.
Là, je suis fort ému de la surprise qui nous est réservée. D’abord, les
délégués de la presse sont venus nous rejoindre à Douvres, pour nous
escorter vers notre capitale, et nous embarquons sur le bâtiment belge « Jan
Breydel », tout pavoisé en notre honneur, qui nous débarque à Ostende.
Nouvelles réceptions par le Bourgmestre de la ville, ma famille, dont ma
tante, veuve du vaillant loup de mer, attaché aux Service de la Marine à
Ostende, et qui a eu, quelques années auparavant, une si grande influence
sur mon destin.
Là, ma deuxième émotion : les mécaniciens du train de Bruxelles ont pavoisé
leur locomotive et le nom de mon cher Belgica y est inscrit en lettres
énormes garnies de fleurs. Ce geste m’est d’autant plus sensible qu’il
n’émane d’aucune autorité et qu’il est une marque sincère et spontanée
d’estime de la part des cheminots de la Société Nationale des Chemins de Fer
Belges qui devaient contribuer à me sauver ainsi que d’autres nombreux
patriotes, prisonniers politiques en septembre 1944.
Et nous montons dans « notre » train, suivi de « notre » cortège.
Bruxelles, gare du Nord : les quais sont grouillants de monde.
Après le télégramme du Roi Albert, la Reine nous a délégué un de ses fils,
le Prince Léopold. A grand mal, nous nous frayons un chemin dans la foule.
La grande place Rogier est noire de monde. Des milliers de personnes nous
attendent depuis plusieurs heures, sous une pluie battante. Grands
invalides, personnalités officielles, amis, dont ma chère mère qui devait,
elle, me sauver avec neuf autres patriotes du peloton d’exécution au début
de 1944, famille, sympathisants, sont venus nous accueillir. L’émotion que
j’éprouve à la vue d’une telle manifestation de sympathie est indescriptible.
Puis, c’est la traversée de Bruxelles, le long des boulevards noirs de
monde. C’est un feu d’artifice de bravos et de vivats qui nous portent vers
la Grande-Place où les édiles de la ville m’ont réservé une autre surprise :
ma nacelle et son cercle de charge, placés devant le magnifique Hôtel de
Ville, sont entourés de drapeaux belges qui claquent au vent. Notre
Bourgmestre, Adolphe Max, nous reçoit entouré de son collège. Du balcon du
premier étage on m’invite à répondre aux acclamations de la foule. C’est,
ensuite, le défilé de dizaines de sociétés ; toutes viennent déposer des
fleurs dans na nacelle, vite transformée en vaste corbeille. Et pendant des
heures, manifestations et réceptions se succéderont où nous serons fêtés
pour notre belle victoire.
Après Bruxelles, d’autres villes m’invitent chez elles : Gand, ma ville
natale, Anvers, Audenaerde, Grammont, Hasselt, Liège, Lokeren, Malines,
Marcinelle, Namur. « Walons » et « Flamands » ne sont que des prénoms, notre
seul nom de famille est celui de « Belges ».
Mais, toutes ces visites, fort agréables, sont aussi très fatigantes.
Chacune d ‘elles comporte un programme fort chargé : réception d’abord,
déjeuner ensuite, une conférence plus ou moins importante et enfin, une
ascension. Au cours de l’une de celles-ci, ma femme et moi frôlerons la mort
de bien près.
Enfin, la Coupe Gordon-Bennett appartient définitivement à la Belgique et
son Aéro-Club en aura la garde. Cette Coupe, si longtemps disputée, je l’ai
apportée à mon pays. Je suis heureux de le sentir aussi reconnaissant.
Ernest Demuyter |
So far the report of the winner of this flight Ernest Demuyter, with 714 km
he had covered more than double the distance of the one on the second place.
An impressing success! So Belgium got possession of the desirable trophy,
the first nation with three victories in a row. The royal aero-club at once
sponsored a new cup, so the Gordon Bennett Races could continue.
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