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This will be the race, in which the attendant circumstances were to be more
reported than about the flight itself. If this would have been the third
victory in a series for Belgium (without the interruption by Switzerland in
1921), the 1923 Gordon Bennett Race could have been the last one. Who would
have tried to set it up again, if five competitors had met death in the
previous race?
Until 1998 no Gordon-Bennett-Race was cancelled or even postponed because of
weather conditions. Snowstorms and rain often have struck the pilots with a
lot of stress. It also often took days, until the first signs of life
reached the championship organisation after landing and, let's remember
1908, sometimes it was believed, that some competitors had not survived the
flight. But it had always ended well. 1923 became the most tragic of all
competitions.
21 balloons were inflated in bright sunshine on the already known Solbosch
plain near Bruxelles. The stands and places for spectators were well crowded,
it is told, more than 100.000 people had been there. The wind wasn't very
strong in the beginning, but quite gusty. Launch preparations were on the
run, when the sky darkened and a heavy thunderstorm came up. Lightening
flashed through the clouds, soon rain clattered down in heavy drops,
followed by hail. Three teams from Italy and one from Poland (entered for
the first time) declared, not to launch under these circumstances. Looking
back, they made the right decision.
At about 4 p.m. “PICARDIE” launched first, flown by the Belgium Veenstra,
who had been the second man in the basket of Demuyter the year before. It
was the same balloon that had won the race for France with Bienaime in 1912.
The Spanish balloon “DURO” followed with Guillen/Sierra. At the take-off of
the third balloon, the first misfortune happened. “U.S. ARMY S.6” was not
exactly balanced, did not get enough altitude at the right time and hit
“VILLE DE BRUXELLES” with its basket. The basket got caught in the net and
tore it from the equator up to the vent. So the Belgium Labrousse also
stayed on the ground, the year before he had been fourth. But that was not
all of the mishaps at the launch. The balloon of the "eternal second"
Honeywell, “US ARMY” was obviously filled too full. At about 5 p.m., a gust
of wind shook the balloon so strongly, that it burst still on the ground.
Honeywell, already in the basket, said afterwards: "This should have been my
sixth Gordon Bennett Race, but fate said no".
With this wind it might have been very difficult for the launch crews to
level out the balloons. Overall, all lifted only slowly and then had to dump
a lot of ballast immediately to prevent them from crashing against the
nearby houses. In the rush, whole sandbags flew overboard. It is a miracle,
that no spectator, who stayed there in spite of the thunderstorm, got hurt.
They did not see anything from the disasters that followed now for the
balloons had already gone out of sight. First it met the Spanish balloon “POLAR”.
After half an hour of flight he was above Heist op den Berg, when a flash of
lightening struck its envelope, set the gas on fire and sent him burning
back to earth. Co-pilot Penaranda did not survive the fall, Gomez was lucky,
he survived, both legs broken. 40 minutes later a flash of lightening struck
the Swiss balloon “GENF” with the pilots von Grüningen and Wehren. Both met
death when the burning balloon sank to earth at Moll. The same happened to
the Americans Olmstead and Choptaw, killed by lightening
at Loosbroek (near Oss).
There was no radio on board in those days. The other competitors got no news
of the tragic occurrences if they had not seen them by themselves. They had
to deal with the awful weather alone and landed very soon after short
flights between 50 and 300 kilometres, mostly in the Netherlands, where the
Spanish Magdalena/Baselga destroyed a high tension power line, but stood
unhurt. Only four balloons reached longer distances. The Englishmen Spencer
and Berry with their balloon “MARGARET” were pulled out of the sea 20 miles
north of Skagen/Denmark. Swiss Armbruster with Dr.Bachmann in the basket of
“HELVETIA” landed at Flensburg, close to the Baltic Sea. The Belgian
balloons “PICARDIE” and “BELGICA” crossed the Sund flew deep into Sweden.
Demuyter and his co-pilot Coeckelbergh still 150 kilometres more than
Veenstra and Quersin. Demuyter had gained his third victory! Let us read his
report:
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Troisième Victoire Belge dans la Coupe Gordon Bennett Avec l’année
1923, une collaboration des plus heureuses commence avec mon grand ami
Coeckelbergh. C’est en effet avec lui que je m’embarque au Solbosch pour
tenter d’amener à mon pays la grande victoire.
Malheureusement, cette Coupe va débuter d’une manière tragique par un temps
affreusement orageux et le sort va se montrer plus impitoyable encore que le
temps.
Trois ballons seront abattus à des endroits et à des moment différents : le
ballon Américain n° 3, piloté par Olmstead et Choptaw, et le ballon Suisse
n° 7 avec ses aéronautes Grunichen et Wehren, causeront la mort de ces
quatre hommes. Le troisième ballon, le n° 11, verra la mort du camarade
Penaranda Barca, tandis que le pilote s’en tirera avec une fracture à la
jambe.
Plus tard, au moment de tenter la traversée du Kattegat, l’Anglais Spencer
et son compagnon Berry seront contraints de descendre en mer ; heureusement,
l’équipage sera recueilli par un bateau de pêche danois.
Un voile bien sombre recouvre cette Coupe. De telles épreuves n’en
augmentent-elles pas la grandeur ?
Je suis particulièrement frappé par le départ d’une équipe de deux officiers
Américains. Ils partent deux minutes avant nous. Dès la première prise de
hauteur, je les vois lutter pour passer par-dessus l’orage. Au départ, ce
même ballon vient déjà de connaître des difficultés : la nacelle s’est
accrochée au filet d’un autre ballon, celui de mon ex-compagnon Labrousse,
qui, de ce fait, ne pourra prendre le départ.
En dehors de ces accidents mortels ou matériels, plusieurs aéronautes
descendre en Belgique, sous une pluie d’orage ; parmi eux, le professeur
Piccard à bord d’un ballon Suisse.
Certains ballon seront même abîmés avant le départ, entre autres celui du
pilote Américain Honeywell, classé second en 1920, second également en 1922
et dont le ballon se dégonfle avant le départ.
Raisonnablement, notre départ aurait dû être retardé ou avancé. Bruxelles
est littéralement recouvert de nuages de pluie. Je n’étonnerai personne en
définissant mon sentiment au moment du départ par un « A Dieu vat... Pro
Belgica... ».
Enfin, nous nous élevons. Les Américains sont devant nous, quelque peu à
gauche. Pour moi, deux manœuvres : surpasser ou atterrir. Les coups de
tonnerre roulent sans interruption. Les vent sont violents. Il y a à peine
une demi-heure qu’a été prononcé le « lâchez tout » et nous avons déjà
utilisé onze sacs de lest sur les trente-deux emportés.
En une heure et demie, je vais lâcher 650 kg de lest sur les 800 kg emportés.
Que la nature est belle lorsqu’elle est en colère ! Quel spectacle splendide
que ces nuages en forme d’enclume, superbes en leur sauvagerie !
Au nord d’Aerschot, nous avons atteint 2300 mètres. Là, nous apercevons
encore les pilotes Américains. Ils observent la même prudence que nous. De
leur nacelle choit une colonne de lest, moins important que la nôtre,
cependant. Les roulements de tonnerre continuent de plus belle et paraissent
se rapprocher encore de nous. Allons, il faut encore gagner plus d’altitude.
Les Américains exécutent, eux aussi, une manœuvre de redressement. Nous les
voyons qui s’élèvent. Ce sera la dernière image qu’ils laisseront aux hommes
; dans peu de temps, ils vont aller s’écraser et être tués tous les deus, au
moment où ils survoleront la région de Moerdyck.
Coeckelbergh ne cesse de me vanter la beauté sauvage de ce temps d’orage que
nous devons absolument arriver à dominer. Aussi, pour une fois, et
contrairement à mes habitudes, je ne partage pas son enthousiasme. Comme il
me renouvelle ses exclamations, je lui dis sans ambage :
-Fiche-moi la paix. Je joue ma carte... Je t’expliquerai tout à l’heure !
C’est la lutte avec les éléments. Je dois absolument arriver à m’élever plus
haut que cette zone orageuse, sinon...
Trois mille mètres d’altitude. De vingt degrés au-dessus de zéro, le
thermomètre est descendu maintenant à moins cinq. Et comme je me sens vivre
avec intensité ! Vaincre ! Toutes ces lettres, tous ce télégrammes de
sympathie, d’encouragement, de fidélité, me seraient-ils parvenus en vain ?
Je n’ai pas le droit de décevoir tous ces espoirs. Enfin, la joie
personnelle d’arriver à un résultat en dépit des éléments, n’est-ce pas
aussi une raison de désirer la victoire ?
Mais que j’ai de souci à penser à l’inquiétude de ma famille !
J’aperçois à présent le soleil couchant, très haut au-dessus des nues. J’ai
l’impression d’avoir atteint le résultat espéré en dépit de toutes les
difficultés.
Puis, à 3500 mètres, notre Belgica a dépassé les frontières de notre pays.
La nuit est tombée. Nous faisons connaissance avec l’obscurité dans laquelle
nous glissons, en toute maîtrise, malgré notre engin dépourvu de moteur et
de gouvernail.
A 22 heures, nous naviguons à 3850 mètres. La température s’est fixée à
moins douze degrés. A cette heure, j’inscris à mon livre de bord que je
crains de ne pouvoir réaliser la manœuvre établie au départ.
Nous ne poussons pas suffisamment à l’est pour rejoindre le Pologne, et je
redoute d’avoir à traverser une trop large partie de la mer Baltique.
Lorsque j’ai terminé mes annotations, une magnifique éclaircie nous permet
d’apercevoir la terre avec ses rivières, ses lacs, ses terrains inondés.
Toute cette eau miroite sous la lune. Et, vers minuit, nous arrivons
au-dessus de Brême. Nous y lançons un télégramme signalant notre passage.
Nous lui souhaitons d’être retrouvé et expédie à son adresse : « Aéro-Club
de Belgique ».
A 1h50, nous entamons la traversée occidentale de la mer Baltique. La mer de
nuages se referme et nous empêche de jouir de la vue des nombreuses îles
danoises.
Les lueurs de Kiel ont été notre dernier point de repère. Nous voilà à
nouveau au-dessus des nuages. Température – 17° ... Spectacle d’une beauté à
laquelle je reste fort attaché. Nous poursuivons notre route à l’estime,
percevant les bruits de la mer, l’appel des sirènes, bruits qui me
permettent même d’identifier les bras de mer et les îles que je survole par
les zones de silence que présente la terre. Enfin, l’aube paraît. Nous
éprouvons un réconfort sensible en même temps qu’un engourdissement. Que de
volonté faut-il pour ne pas céder à la fatigue du matin !
Nous terminons notre longue et dangereuse traversée du Kattegat, et nous
abordons les terres suédoises près de Halmstad.
La ville nous apparaît un instant, en nous permettant de vérifier notre
bonne direction.
Nous sommes à 3400 mètres d’altitude avec une température de – 8°. Ce léger
« réchauffement » fait plaisir à mon compagnon qui ne s’est pas vête pour la
circonstance malgré mes conseils répétés. D’autres éclaircies succèdent à de
fugitives trouées qui nous permettent d’apercevoir la Suède, à propos du
paysage de laquelle je ne peux m’empêcher de faire un rapprochement avec la
région semi-canadienne du lac Champlain... Ma grande victoire de 1920...
A 10 heures, nous sommes à 4400 mètres. Mille kilomètres ont été parcourus,
à une moyenne horaire de 60 km. Nous avons franchi le lac Wettern dans sa
partie nord et, comme jusqu’ici notre équilibre a été très instable, nous
avons profité de cette distance de 130 km pour laisser choir deux bonbonnes
qui nous allègent au point de nous faire remonter à 5300 mètres. Nos sacs de
lest mouillés par les pluies d’avant le départ se sont changés en blocs de
glace. Nous ne pourrons nous en servir qu’au-dessus de régions non peuplées.
Je voudrais atteindre le golfe de Botnie, en face de la Finlande, mais mes
désirs ne seront pas à la mesure de nos possibilités, car nous manquons de
lest.
A midi quarante, nous sommes à 6000 mètres. Nous profitons du peu d’oxygène
qui nous reste pour nous réconforter une dernière fois. Nous ne pouvons
espérer garder cette belle altitude. L’approche de cirrus et d’une nouvelle
vague orageuse influencent trop notre stabilité. Des nuages interceptent
constamment les rayons du soleil, rafraîchissant la température et nous
rabattant vers la terre. Nous ne pouvons plus remédier à cette situation
regrettable. Notre descente s’amorce rapidement. Il ne nous reste plus que
deux bonbonnes et des sacs de lest gelés ; c’est trop peu pour tenter de
redresser notre position en hauteur. Par un trait du hasard, notre oriflamme
se détache de la nacelle. Il part en avant-coureur vers cette terre suédoise
où nous allons atterrir.
A ce moment, se pose un cas de conscience : je peux amortir notre descente,
par le lâchage de notre charge (bonbonne et sacs gelés), mais je n’ai aucun
moyen de contrôler leurs points de chute. Vais-je oser ?
Nous descendons toujours. Nous atteignons maintenant 2900 mètres. A cette
altitude seulement j’aperçois le sol, et je me déleste au maximum de toute
matière pesante. Il est trop tard. Nous sommes à quelque cent mètres
au-dessus du sol. Nous ne pouvons plus espérer modifier notre mouvement et
prolonger notre randonnée.
Treize heures trente...
Nous ne nous trouvons pas, heureusement, au-dessus d’un lac, comme en
Amérique, ni au-dessus d’une forêt, comme en Roumanie. Il me faut tout de
même éviter soigneusement un bois de sapin. Et le Belgica va ce poser à la
lisière du bois, après une bonne manœuvre au panneau de déchirure, accomplie
avec une grande précision.
Nous nous trouvons au sud de la petite ville de Orebro, à l’ouest du lac
Hjelmaren ; nous avons parcouru une distance de 1170 km, et notre voyage a
duré vingt et une heures.
Longtemps encore je me souviendrai de l’accueil chaleureux de ces Suédois
qui nous offrent dès notre arrivée l’hospitalité la plus aimable et la plus
prévenante. C’est aussi dans cette douce ambiance de sympathie que nous
apprenons la grande nouvelle qui nous fait déborder de joie ! Nous avons
gagné la course, c’est-à-dire que nous avons la fierté d’avoir remporté la
Coupe Gordon-Bennett pour la troisième fois, et pour la seconde fois
consécutive.
Une nouvelle assombrit notre joie : l’annonce des catastrophes dont j’ai
parlé au début de cette épreuve. Des morts... Des blessés... Autant de
compagnons courageux, grands voyageurs, que je ne reverrai plus. Autant de
compagnons que les blessures mêmes de la course ravissent aux futures
épreuves...
Mais, la vie reprend son cours avec les vivants...
Notre Ministre de Belgique et notre Consul nous reçoivent à Stockholm. Le
Roi n’est pas absent de ces manifestations. Il m’adresse à notre légation à
Stockholm un télégramme libellé en ces termes :
« Mes plus chaleureuses félicitations pour ce nouveau et brillant succès si
vaillamment remporté et qui honore l’aéronautique Belge... ».
Le Baron de Gerlache, dont le navire fit toute l’admiration de mon enfance,
m’envoie également ses félicitations.
Quant aux impressions de mon nouveau compagnon, qui en était à sa seconde
ascension, je les reproduis volontiers d’après une interview parue dès notre
retour en Belgique :
« La grande aventure... Elle s’est terminée le mieux du monde, dans une
apothéose, digne récompense de vingt et une heure de lutte tenace avec les
éléments hostiles... Au cours de ce voyage que vous (la presse) qualifiez à
juste titre de périlleux, j’ai été fier, dans des circonstances
exceptionnelles, de vivre aux côtés d’un homme exceptionnel.
« A Stockholm, à Göteborg et ailleurs, à Anvers ensuite, à Bruxelles enfin,
des orateurs enthousiastes ont vanté joliment « l’as de l’aéronautique »
qu’est Demuyter et « sa valeur exceptionnel » et « ses connaissances
météorologiques ». Ils ont rendu hommage en termes choisis à « son courage
indomptable », à « sa volonté de vaincre à tout prix », mais... je me plais
à croire que nul mieux que moi ne sait ce que vaut « notre grand champion
national... ». Devant le danger, le vernis craque, l’être se dépouille
subitement de son enveloppe factice et les valeurs foncières apparaissent à
nu... ».
Et voilà... Il ne reste plus qu’à attendre l’année prochaine pour
transformer cette victoire qui m’appartient en une gloire nationale. Cette
gloire que je serais heureux et fier de pouvoir offrir à tous mes
compatriotes. Victoire qui serait pou moi une espèce d’aboutissement dont je
ne mesure pas encore exactement les conséquences et les répercussions.
Remporter définitivement la Coupe Gordon-Bennett créée en 1906 et que la
Belgique a déjà gagnée trois fois.
Pour l’instant, le but reste encore à atteindre...
Ernest Demuyter. |
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