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The two Swiss officers, Paul Armbruster and Louis Ansermier, had brought the
race to this alpine country for the second time after 1909. As the winners
in 1908, Schaeck and Messner, tried to succeed separately in the following
race, but none of them managed to do so. Good teams should not be torn
apart, there are only a few examples, where both took profit from this. Of
course, the second man in the basket is in the shadow of the fame, so it is
understandable, if he wants to show up in the list of the winners as
pilot-in-command by himself.
Favourites of course were the Belgian Ernest Demuyter and the American R. E.
Honeywell. Demuyter had kept his second man in the basket from 1921, when he
had to bury his hopes for victory because of the soldier who involuntarily
travelled with him. We will meet Veenstra several times later. Honeywell
would have earned the victory, it should have been his turn. He takes part
for the fifth time, in both 1913 and 1920 he reached second place. Now he
had chosen Wade as co-pilot, who had reached rank 2 with Lahm in 1911.
Bienaime, winner of 1912, and Labrousse, co-pilot of Demuyter at his first
victory, also were considered as candidates for the first places by the
experts.
For the Swiss competitors the president of the aero-club had the idea for a
special incentive. For the best fellow citizen he offered the brand new
balloon "Thuna" of 900 cubic meters as prize, but only if he would rank
among the first five.
The town of the League of Nations did everything, to deal with the race in
the best organising manner. The list of the officials contained totally 228
names. Never before a race was hold so early in the year, probably they
wanted to spare the cold nights in September or October from the
participants. Doing this, one had to accept that thunderstorms could
endanger the balloons. In mid-summer these weather conditions are met more
often than in fall. From August 1st on the competitors were in town, from
then on the count down was running. 50.000 cu m of gas was necessary for the
inflation of the 19 balloons, now everybody hoped for success. Weather was
quite good in the beginning, so many spectators came to the launch field,
but not the same amount as in Zurich in 1909.
Low ground winds allowed inflation of the balloons without any problems, at
altitude it blew quicker, promising long distances. But before launch, the
situation got worse. Those who took off first flew quite well, the latter
ones had to fight with thunder and snowstorms. Several balloons were forced
back to earth quite soon after launch. So the still excluded Germans and
Austrians could see landing balloons on their territory. For six balloons,
the flight ended in Austria, five came back to earth in Germany, of course
none of them had any influence to the results on the first ranks.
But the Germans had other problems in those days. Their inflation meanwhile
had grown to an avalanche. At the beginning of August, the change for one
dollar was 860 marks, at the end of the month it was noted already with 1990
marks.
Back to the race: Demuyter used his proved tactics. Go at once to a high
altitude, where the fastest wind is. His average speed was 53,3 km/h. Only
in one race till then, the winner was even faster: Hans Gericke flying from
Kansas City in 1911. In 1912, from Stuttgart, snowstorms are reported, but
the average speed of the winner was "only" 47,9 km/h. Although the speed is
not measured in a Gordon Bennett Race and therefore has no influence in the
ranking, those who find the fast layer and can keep the balloon in it create
the foundation for their victory. This becomes clearly visible comparing
Demuyter with Honeywell, ranking second again. Honeywell flew half an hour
longer, but more than 300 km shorter.
From this flight, Ernest Demuyter gave a report in his book "Randonnées
Victorieuses BELGICA". Who could tell more authentically?
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Seconde Victoire dans la Coupe Gordon Bennett En 1922, je rend visite à mon père, qui est toujours en Grèce. En même temps,
je vais donner des conférences de propagande exposant à l’aide de films
l’activité industrielle, commerciale et maritime de la Belgique, vantant les
beautés naturelles de notre pays. Quelle tendre émotion m’étreint à
retrouver les lieux chers à mon enfance !
Pour mon père, néanmoins cette visite sera la cause d’une grosse déception.
Il avait espéré me garder auprès de lui et me voir le remplacer bientôt dans
ses fonctions, et comptait sur ma visite pour aller respirer l’air du pays.
Aussi, lorsque je lui annonce mon intention de participer à la Coupe Gordon
Bennett au mois d’août, mesure-t-il ma passion pour l’aéronautique et le peu
d’intérêt que j’attache à la situation qu’il m’avait préparée.
Mon cycle de conférences terminé, je suis fort ému lorsqu’il m’annonce qu’il
renonce à son voyage en Belgique et qu’il souhaite me voir poursuivre dans
la voie que je me suis tracée. Il demeure en Grèce et je prends le chemin du
retour.
Cinq jours de voyage ; une panne de train dans le sud de la Yougoslavie, à
Uskub (l’ancienne Serbie) ; l’occasion d’écouter un orchestre croate, de
vivre des heures inoubliables au point de vue folklore, et c’est le retour
en Belgique.
Mes préparatifs accomplis, mon matériel vérifié et expédié en Suisse, je
prends le train pour Genève, où se donne cette année le départ de la Coupe.
Je suis décide à exploiter au maximum les connaissance météorologiques dues
à mon expérience, et je prépare mon voyage avec un soin tout particulier.
Quant à mon second, non seulement j’ai en lui toute confiance, mais je le
sais d’une constitution à supporter les difficultés d’un voyage de grande
envergure. Si les risques que Veenstra et moi allons courir sont moins
grands que ceux de la coupe de 1920, je suis certain que cette randonnée
sera très dure, serait-ce que du fait de la haute altitude à laquelle nous
évoluerons, au-dessus des massifs des Alpes.
Les journaux parisiens, le Matin entre autres, ne sont pas particulièrement
optimistes quant à la réussite de la course.
-Les concurrents n’iront ni vite, ni loin, écrit ce quotidien dans ses
prévisions météorologique.
C’est une opinion qui sera vérifiée par la suite pour quelques-uns des
concurrents, mais non pour nous.
Le dimanche 6 août 1922, à 6 heures du matin , les équipes sont réunies. A
10h30, on gonfle les ballons. A 14heures, tandis que le gonflement se
poursuit, un concert est donné par les corps de musique de la ville de
Genève.
A 15h30, le public est prié de se retirer du parc de gonflement, et à 16
heures, le départ des concurrents va commencer dans l’ordre du tirage au
sort.
Ces départs de ballons participant à la Coupe Gordon Bennett clôturent toute
une série de manifestations qui se sont étalées sur six jours, au cours
desquels les Genevois et les visiteurs auront pu assister à une série de
festivités plus belles et plus intéressantes les unes que les autres.
Après la grande fête de nuit, des représentations des Ballets russes, un
rallye automobile, le départ des Six Jours motocyclistes de Suisse, un
championnat d’aviron, une grande fête vénitienne, et plusieurs concours
accessoires de la Coupe Gordon Bennett, le dernier jour voit arriver la
grande foule, celle des grands départs.
Au départ, nous sommes vingt concurrents. Nos vingt ballons sont rangés
devant les trois gazomètres qui dominent la plaine, et qui finissent
d’alimenter les sphères.
Trois Belges, le Lieutenant Labrousse, le Capitaine Georges, et moi. Trois
Américains, dont Honeywell et Westover, dont j’ai déjà cité les noms, deux
Espagnols, trois Français parmi lesquels Bienaimé, trois Anglais, trois
Italiens, trois Suisses, dont Ambruster, vainqueur l’année précédente.
Selon mes prévisions personnelles, il se formera une zone orageuse venant de
la France, qui se développera au nord des Alpes qu-dessus de la Suisse au
cours de la nuit. Nous devons à tout prix la gagner de vitesse. Ceci
représente le thème de mon programme de course.
Il est 16 heures. Les ballons, maintenus jusqu’ici sur le sol de la vaste
plaine, auxquels le Jura et les Alpes offrent une barrière de protection
contre les grands vents, vont gracieusement s’élever dans l’air.
Le soleil brille ; au loin les contreforts montagneux sont enveloppés d’une
légère brume.
Deux ballons s’élèvent. Au tirage au sort, j’ai été désigné comme troisième
partant. C’est à mon tour de gagner le ciel d’où je verrai se dérouler un
panorama d’une beauté lyrique.
De Genève, après avoir traversé le lac Léman, j’atteins d’abord Lausanne,
puis, dans la direction de Berne, dominant les montagnes de tout le canton,
nous atteignons le lac Zoug, pour atteindre le lac de Constance vers 10
heures du soir, alors que tous les concurrents, y compris ceux qui sont
partis avant moi, ne l’atteindront que vers 1 heure du matin.
Décrire mes impressions d’un tel voyage au-dessus de ces montagnes de Suisse
est presque impossible. Ne serait-ce que pour admirer toutes ces grandes
beautés naturelles, cela vaudrait la peine d’avoir pris le départ.
Cette Coupe Gordon Bennett nous offre une double compétition, dont le
premier élément, pour l’heure, est la course à l’orage. Je l’ai dit, nous
devons gagner de vitesse le mouvement orageux. A ma grande satisfaction,
après plus de trois heures de navigation, je peux me rendre compte que nous
n’avons pas failli à notre ligne de conduite. Et, encouragés par ce
résultat, nous poursuivons notre au-delà des lacs suisse pour atteindre les
Alpes du Voralberg, le Tyrol, la belle vallée de l’Inn, où nous survolons
Innsbrück dans les Alpes bavaroises.
Le ciel s’est dégagé en cours de route. Les montagnes nous apparaissent
illuminées par un merveilleux clair de lune, baignées de cette lumière qui,
en se reflétant sur la neige, paraît prendre des teintes bleutées. Les
montagnes semblent endormies dans un bain de sérénité où règne le plus pur
des silences. Ce sont des sommets atteignant 3700 mètres qui défilent sous
nous. Notre ombre court comme une folle sur leurs versants tout luisants de
lune et de neige. Des glaciers, des neiges éternelles que frôle notre «
Belgica », seigneur de l’altitude, maître incontesté des plaines du silence
et de la nuit.
Puis, l’aube se lève et, tout à coup, derrière nous, un ballon... Le seul
concurrent que nous apercevrons au cours de toute notre course, celui du
Colonel Westover, concurrent américain. La vue de cette sphère nous cause
une bien agréable surprise ; elle nous apporte un certain réconfort après
une nuit passée dans la solitude.
Nous avons traversé l’Autriche dans presque toute sa longueur ; nous gagnons
la région austro-hongroise beaucoup moins montagneuse, traversons le lac
Balaton, avant de couper un des plus grands fleuves d’Europe : le Danube.
Nous allons connaître des moments palpitants. Notre réserve de lest est
minime, presque nulle, et nous nous engageons dans la zone des 7100 mètres.
Nous allons très rapidement manquer d’oxygène, car nous avons largement
utilisé les bonbonnes au cours de la journée. Nous traversons d’immenses
forêts, et les Carpathes, depuis la région d’Arad à la frontière
serbo-roumaine jusqu’au nord-est de Bucarest.
Sur ce parcours, faute de lest, et le coucher de soleil approchant, nous
sommes contraints d’abandonner les courants qui nous feraient gagner les
plaines du Danube en Roumanie. Il est 16 heures. Nous sacrifions tout ce qui
peut peser dans la nacelle, bonbonnes, instruments qui ne sont pas de toute
première nécessité ; même nos valises y passent ! Malgré cela, notre
mouvement de descente s’accentue, et au-dessous de nous, ce sont toujours
des forêts touffues, c’est-à-dire un terrain impropre à l’atterrissage.
Cette partie de notre randonnée se présente de la manière la plus
inquiétante. Le moindre monticule nous oblige à frôler la cime des arbres.
Dire, qu’en ce moment, nous accordons à la nature toute l’attention que
réclame sa beauté serait excessif. Nous tentons de nous diriger au mieux,
persuadés que nous n’allons pas tarder à prendre contact assez rudement avec
la terre. En disant terre, je me trompe encore, car nous ne l’apercevons
pas, recouverte qu’elle est d’arbres et de buissons. Et nous perdons
toujours de la hauteur... Quelques minutes encore et notre nacelle
s’accrochera au plus hautes branches. Il faut donc prendre une décision
immédiate.
Remonter est impossible, il faut accepter les circonstances telles qu’elles
se présentent.
Seize heures vingt-cinq, notre nacelle heurte les arbres. Nous restons
accrochés. Je crains à certains moments pour l’enveloppe à cause des
branches. Heureusement, nous nous trouvons, flottant, au faîte d’un grand
arbre et sommes dans l’impossibilité de rejoindre la terre.
Une seule solution : sortir de la nacelle, amarrer solidement le ballon,
descendre, aller chercher du secours, et, grâce aux bons offices d’aides
nombreux, amener le ballon au-dessus d’un autre point, et le dégonfler.
Nos aventures ne sont pas terminées ! Nous devons nous trouver à une
altitude d’environ 1200 mètres, avec autour de nous des sommets couverts
d’une épaisse forêt, de 1800 à 2000 mètres. Sans oublier que la région n’est
pas précisément une contrée surpeuplée ; nous aurons du mal à mener à bien
notre fin de course.
Nous amarrons le plus solidement possible avec la petite partie du
guide-rope que nous avons tirée à nous. J’enjambe la nacelle et je descends
dans l’arbre ! Ses branches les plus basses se situent à environ sept à huit
mètres du sol. Je me retrouve brusquement à cette hauteur, au-dessus du
vide, avec, pour toute possibilité, un tronc d’arbre d’un minimum de trois
mètres de circonférence.
Allez donc vous agripper sur une pareille surface presque lisse ! Je me
glisse de branche en branche, je gagne bientôt la partie large du tronc qui
va s’évasant de plus en plus, dépourvue de branches. Il ne me reste plus
qu’à empoigner le tronc à bras le corps, m’accrochant aux moindres aspérités
; je parviens à gagner un mètre, presque deux et, tout à coup, je me sens
glisser, mes pieds et mes mains ne me retiennent plus, je perds l’équilibre,
fais une chute en arrière et me retrouve sur le sol. Je dévale ensuite la
pente sur plusieurs mètres pour m’arrêter à proximité d’une aspérité
rocheuse qui, si je m’y étais heurté, m’aurait pour le moins occasionné de
graves blessures. Ma chute, bien qu’importante, a été adoucie par le matelas
de feuilles qui recouvre le sol. Ce matelas, lui aussi, a freiné mon élan.
Par chance, je n’ai heurté aucune souche, ni aucune roche, et je me relève à
peu près indemne.
Le choc a été rude néanmoins. Encore heureux que le tronc soit évasé vers sa
base et que le terrain soit en pente. Car je pense que j’aurais trouvé là
une fin, sinon glorieuse, du moins très sportive !
Après ce qui vient de m’arriver, que faut-il conseiller à mon compagnon ?
Rester dans la nacelle ou descendre me rejoindre ? Il préfère venir me
rejoindre.
Il suivra mon exemple. Comme moi, après avoir abandonné les branches, il
empoigne le tronc. Et soudain, le voilà qui perd lui aussi l’équilibre,
quitte le tronc, tombe en arrière. Il est couché sur le sol, immobile. Que
lui est-il arrivé, au juste ?
Je suis près de lui. La commotion a été rude. Plus rude pour lui que pour
moi. Se serait-il meurtri la colonne vertébrale ? A mon grand soulagement,
je me rends compte que la douleur se localise dans la jambe, et non pas dans
le dos ainsi que je le craignais. Plus tard, nous apprendrons qu’il s’est
fracturé le péroné.
Je suis moi-même fort courbaturé.
En somme, considérant l’importance de nos chutes (sept ou huit mètres) nous
nous en tirons avec peu de mal.
Je ne faut pas perdre de temps. Je lui expose mon projet : je partirai à la
recherche de secours ; il restera près du ballon et pourra ainsi se reposer.
Chercher du secours! A vrai dire, je ne sais pas exactement à quoi je
m’engage et je ne tarderai pas à m’en rendre compte. La nuit est venue. Il
fait heureusement très beau, la température est très douce. Je quitte notre
« clairière ». Je suis un torrent qui dévale vers le sud. Je commence à
descendre de la montagne. Je marche. Une heure, deux heures. La fatigue se
fait sentir. Trois heures. Je suis à bout de forces. Parfois je m’étends
pour récupérer des forces et dois lutter contre une violente envie de
dormir.
Je reprends quand même ma route. Et quelle route ! Un chemin à peine tracé
le long duquel je m’agrippe des pieds et des mains pour ne pas rouler au
fond de sombres précipices. Là, c’est un buisson d’épines qui me déchirent
les mains et le visage. Et j’ai encore eu de la chance de pouvoir m’y
accrocher !
Puis, vient une défaillance ; je m’assieds. Il y a plus de six heures que
j’ai quitté le ballon. Je ne me suis pas perdu parce que je suis le torrent
qui descend le long du flanc de la montagne. Il doit sûrement me mener vers
un endroit habité. Lorsque je me relève, mon épuisement s’est transformé en
une espèce d’assoupissement. Je marche, je cours, je dévale les rochers,
presque étranger à moi-même. Enfin, je crois apercevoir une maison, deux
maisons, dix maisons, cent maisons... Je veux courir dans cette direction,
je saute par-dessus des rochers, je traverse des buissons, je veux voir
encore mieux cette ville que je ne connais pas... Au détour du chemin, elle
disparaît à mes yeux. Ai-je rêvé ? Je regarde dans toutes les direction.
Rien... Pas la moindre habitation. Et là... à deux pas, des empreintes... De
grandes empreintes toutes fraîches... Seraient-ce celles d’ours des
Carpathes ? Par la suite, je vérifierai l’exactitude de cette supposition.
Il y a bientôt huit heures que je dégringole cette pente et je n’ai toujours
pas rencontré le moindre signe de civilisation...
Deux heures plus tard, enfin au détour du torrent qui s’est élargi, assis
sur des rochers tout blancs, j’aperçois un jeune garçon.
Est-ce encore une hallucination ? Non. Je l’interpelle. Il se retourne. Il
vient vers moi. Après un petit colloque, il me mène le long de la rivière à
un endroit où aboutissent les troncs d’arbres entraînés par le courant. Nous
arrivons auprès d’une agglomération, plus exactement d’une scierie
mécanique. J’y demande du secours. On nous a vu arriver et l’on est prêt à
nous venir en aide.
Imaginez dans quel état de fatigue je rejoins le ballon, avec mon équipe
d’élagueurs ! Je renonce à le décrire. Physiquement, je suis harassé ;
moralement, néanmoins, ma volonté est telle que je veux à tout prix revenir
à l’endroit où nous avons atterri. J’avais mis dix heures pour parvenir à la
scierie ; cette fois, par des chemins beaucoup plus courts, nous n’en
mettons pas quatre.
Dès le début de l’après-midi, notre équipe se met au travail, afin de
dégager notre « Belgica ».
Comment procéderons-nous? Nous allons ménager une clairière où nous pourrons
amener le ballon et le dégonfler sans risque de l’endommager.
Hélas ! nos épreuves ne sont pas terminées! Les manœuvres pour ramener le
ballon vers le sol ont été bien exécutées et je me flatte déjà de pouvoir
toucher mon « Belgica » quand, soudain, la chute malencontreuse d’un arbre
sur le guide-rope sectionne celui-ci et libère intempestivement notre «
Belgica » qui s’élève sans passager ! Et vers quelle direction ? Le
rattraper ? Impossible! La fureur me prend à la vue de l’envol de mon
“Belgica”.
Une fois de plus, la météorologie m’apportera ses lumières. J’établis un
calcul approximatif de son point de chute. Selon mon estimation, bien qu’à
moitié dégonflé, il peut encore tenir l’air plus de quatre heures.
Effectivement, il sera retrouvé au sud de Bucarest, à la frontière
roumano-bulgare.
La consolation d’avoir fait une bonne prévision de son point d’atterrissage
me consolera quelque peu par la suite, mais je me serais volontiers évité
cette surprise supplémentaire.
Enfin, peu de jours après notre arrivée à Bucarest, nous rentrons en
possession de notre « Belgica ». Et là, que vient-on nous annoncer : « Vous
avez gagné la Coupe Gordon Bennett 1922 ! »
Nous apprenons en effet que nous avons atteint le point le plus éloigné de
Genève, dans l’éventail des atterrissages.
Certains élèvent des contestations, à cause d’un deuxième envol de notre
ballon ; une enquête menée par l’Aéro-Club de Roumanie à la demande de
l’Aéro-Club de Suisse, établit un contrôle sur place, afin de vérifier si
nous n’avons pas fait d’escale (ce qui nous mettrait hors course). A la
suite de cette enquête, nous sommes officiellement déclarés vainqueurs de la
Coupe, à notre plus grande satisfaction, d’autant plus compréhensible que
cette victoire nous revient de plein droit. Rien ne peut nous faire oublier
mieux ni plus vite l’enchaînement de nos malheurs.
Et nous avons remporté la victoire avec une grosse avance sur les autres
concurrents. Nous avons en effet couvert 1400 km, alors que le second
s’inscrit au palmarès avec 1000 km : c’est l’Américain Honeywell, qui est
allé atterrir en Hongrie, à l’est de Budapest.
Faut-il ajouter que, dès lors, tout nous paraît merveilleux, gens et
paysages ?
Au reste, l’Aéronautique Militaire roumaine, comme notre Ministre à
Bucarest, déploiera tous ses efforts pour nous rendre le séjour agréable.
Que dire de la forte impression que l’on éprouve à se trouver transplanté en
quelques heures dans un pays aussi différent ? Que de réflexions à faire en
cherchant à établir une comparaison entre cette ville de Genève et cette
autre importante capitale qu’est Bucarest, que sans transition, nous avons
visitées à moins de quarante-huit heures d’écart...
Le retour en Belgique fut un petit triomphe que j’apporte tout heureux à mon
pays tant aimé. Il me semble que les généreux encouragements qui me sont
prodigués à l’occasion de cette seconde victoire reviennent bien plus à mon
pays qu’à moi-même.
Les amis me fêtent, notre Aéro-Club fonde sur moi des espoirs qui me
paraissent bien lourds, mais que je me sens prêt à réaliser avec le plus
grand dévouement.
Toute la presse belge, aussi bien d’expression française que flamande, tous
les amis de Belgique, de Suisse, de Roumanie, de France, de l’Aéronautique
Civile et Militaire, ne me ménagent pas leurs encouragement, autant de
stimulants témoignages en vue de la défense de nos couleurs.
De plus, quelques jours après mon retour à Bruxelles, je reçois une
lettre-télégramme qui me comble d’honneur, de joie et de fierté. Voici les
quelques lignes de ce texte :
« Je tiens, au moment où vous rentrez à Bruxelles, à vous adresser mes
chaleureuses félicitations pour le magnifique raid que vous avez accompli.
Vous avez ainsi hautement contribué à maintenir les traditions d’audace et
d’initiative du peuple Belge et de sec succès en aéronautique. »
Et ce télégramme est signé : « Albert. »
Qui mieux qu’Albert, Roi des Belges, le Roi-Chevalier, pouvait contribuer à
me faire désirer à tout prix une victoire qui m’est déjà chère, et qui
maintenant me paraît un devoir ?
Ce n’est pas sans une certaine anxiété que je vais vivre les mois qui
suivront. Je ne dissimulerai pas que mon esprit est troublé à la pensée de
la prochaine Coupe, que j’ai apportée à notre pays. L’avoir apportée me
paraît bien, mais il nous faudrait maintenant la conquérir définitivement.
Ernest Demuyter. |
Escaped BELGICA was never found. Demuyter was still in Bucarest when he
received a comforting telegram from his King Albert I.: "When you return to
Bruxelles, receive my warmest congratulations for your wonderful victory.
With this success in aviation you have made a big contribution to the
tradition of the Belgian people, to show courage in the moment of decision!"
So the financing of a new BELGICA should be sure. It was, and the balloon
rushed from victory to victory in the following years.
Captain Paul Armbruster became seventh as the best Swiss competitor, so he
was not among the first five. The brand new balloon "Thuna" from the Swiss
aero-club was given to the balloon department Romande in Lausanne, as it had
been decided before if such a case would happen. The Lausannians felt as if
they had got the jackpot in a lottery.
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